On vous en a déjà parlé. Elle a la bouche énorme, les dents blanches, immaculées, les lèvres perlées, glossées, et la langue qui ne cesse de claquer. Tu voudrais voir une bulle immense de chewing-gum sortir d’elle, mais l’articulation, alors, serait réduite à néant. Elle est presque normale, Azealia Banks. Sauf qu’elle saute un peu partout, qu’elle trimballe son corps musclé, lustré, dans des clips en noir et blanc, ou dans d’autres, cheveux, chevaux au galop, et puis toujours, cette langue qui suce un bâtonnet glacé, bleu, blanc, rouge, drapeau états-unien. Nonchalance assumée. Elle n’a aucune peur, utilise des mots qui effraient, ensemble assemblés, tu sais, « tongue »/ « deeper »/ « cunt ». Tu vois, elle a tout compris. Elle pose ses mots, des assonances assassines, sur ces basses qui se répètent et s’aiguisent. On dirait des trompettes qui annoncent son arrivée, fille au sourire trop grand, célébrant, dans 212, un ghetto magnifique, Manhattan. Elle est vulgaire ce qu’il faut, diffère des autres parce qu’elle est mi-fille, mi-femme, qu’elle s’excite sur des titres sans demander la permission, qu’elle est bisexuelle revendiquée.
Son EP – 1991 – est sorti fin mai, quatre titres seulement, et pourtant tout n’est pas bon. Illustration. Sur 1991, il y a ce rythme qu’elle tient tout le long du track, presque trop uniforme. En-dessous de sa voix, qu’est-ce qu’il y a ? L’ennui profond. Construction similaire, abattement identique lorsque l’on écoute Van Vogue. Il y a ce chien, cependant, qui aboie, parfois, fond génial, que l’on n’utilise presque pas.
Sur le net, pourtant, traînent des ritournelles presque terribles, des morceaux qui sonnent, qui s’amusent, jeu permanent entre les sons et les voix, comme, là, sur Jumanji ou Barbie Shit. Plein de rires, de mots qui éclatent, d’avancées, d’avalements de voyelles, de consonnes enroulées, de rythmes perturbés. Ces productions, plus foutraques et moins léchées que sur l’EP, sont plus que belles. Enjôleuse Azealia, qui n’est jamais meilleure que lorsqu’elle semble presque se fiche des mots qu’elle dit, des sons qui l’accompagnent.







