Il y a des interviews comme ça dont on se souviendra. Le rendez-vous est pris avec Diomay, 19h30 dans le 12ème arrondissement accompagné de mon acolyte Kevin dit l’Impertinent. Rappeur depuis la fin des années 1990, le MC revient sur son parcours et nous évoque sans gêne ses débuts, son passage mitigé chez IV my People, la création de son label, sa relation avec Salif, ses déceptions liées au milieu du rap avant de nous parler de son actualité et ses projets futurs. Le tout sous les cordes à arpenter le parc de Bercy afin de changer d’abri sans cesse.
Sound Cultur’all : Présentes-toi pour ceux qui te connaissent pas.
Diomay : Diomay, Diomay Sarr pour ceux qui connaissent mon nom de famille, je viens du 12ème arrondissement et je suis français d’origines guadeloupéenne et sénégalaise. J’ai commencé le rap vers la fin de l’année 1999 et ma première apparition remonte à 2001.
SC : C’était pour Guéant le « Je suis français » ?
D : Non c’est juste que c’est important. Dire mes origines c’est bien, mais ça veut pas dire que je renie le truc tu vois ? Je trouve que c’est important de le dire.
SC : Est-ce qu’il y a des artistes qui t’ont particulièrement inspiré ?
D : Oh y en pas qu’un seul ! Déjà, tu dois compter tous les artistes avant l’époque du rap, donc ça peut aller à Michael Jackson, Stevie Wonder, Phil Collins, Sting, même Madonna dans les années 1980 qui me parlait aussi. Le rap est arrivé ensuite. Bien avant ça j’écoutais tout ce qu’était Dance Machine : Ace of Base, 2 Unlimited, la musique qui passait à la radio quoi. Puis est arrivé le rap, que j’ai d’abord pris du côté mainstream. Les premiers que j’ai écouté c’était les LL Cool J, les Boyz II Men, Biggie, 2pac, Faith Evans, etc… Je m’y suis vraiment mis en tant qu’auditeur à la base.
SC : Des rappeurs français également ?
D : Qui m’auraient influencé ? Ceux qui m’ont entouré, que j’ai vu à l’œuvre en fait. Alors je vais t’en citer quatre : Fredo et Le K-Fear de La Brigade, les deux qui nous ont mis le pied à l’étrier, avec Nysay, donc Salif et Exs. Le côté agressif que tu me vois employer des fois, ça c’est Exs. Puis la rigueur, le côté illimité dans l’écriture, on ne se limite pas à un 16, ça c’est Salif. Parce que pour tout te dire, quand on a commencé dans le rap français, la grande différence avec maintenant c’est que c’était un truc de grands. Quand t’étais petit, t’avais le droit de rapper mais on te prenait pas au sérieux. Et un jour, j’ai entendu à la radio Nysay et L’Skadrille en freestyle, et les mecs avaient 16 et 17 ans… Tu vois quand on nous parle de prodige, à côté à 20 ans t’es déjà grand. Ils avaient 16-17 ans et rappaient aussi bien que les mecs de Time Bomb, fallait le faire. J’ai entendu Le rêve de L’Skadrille, y avait leur maxi Mack.01, après y avait Nysay avec Salif à l’intérieur. Et Salif c’était le plus chaud ! Et c’est quand j’ai entendu des mecs comme ça rapper que j’ai eu envie de m’y mettre. Parce que je me suis dit, les petits peuvent rapper, pas mieux parce qu’on n’avait pas cette prétention, mais au moins aussi bien que les grands. T’avais Time Bomb aussi mais ça c’était intouchable. C’était des gars avec un charisme… Y avait pas encore les clips mais les gars ils étaient grands, ils avaient du style, de la sappe qui venait des USA. Nous on avait des Jordans, mais c’était des Jordans du marché avec le 37 au lieu du 23 (rires). Donc quand tu voyais ces mecs arriver sur Paris, tu savais déjà ce que c’était que le pré-star system, pourtant y avait aucun titre qui tournait, mais tout le monde les connaissait. Mais pour revenir à ta question, c’était vraiment le K-Fear et Fredo, parce que c’est qui se sont occupés de nous avec Granit. Et pour le lancement je dirais Nysay et L’Skadrille, par rapport à leur jeune âge ils ont ouvert la voie à tous les jeunes.
SC : T’avais quel âge à ce moment-là ?
D : Je devais avoir 17 ans. On avait le même âge sauf qu’eux ils étaient déjà à Génération en train de freestyler comme des malades ! Je rappais pas, j’étais qu’un auditeur. Quand t’entends un mec plus fort que toi, du moins à l’époque, tu te contentes de l’écouter. Tu fais pas un 16 tout pourri en disant « Je suis meilleur que toi ». Moi j’allais tout le temps chez Salif ou Exs et je leur disais « Vous devriez faire ça, comme ça, etc… ». Puis jour y en a un qui m’a dit : « Tu sais Diomay, si tu penses faire mieux… Fais-le » (rires). Et c’était même pas méchant, je devais vraiment être relou ! Mais je pense que toute personne qu’est un gros kiffeur de son est comme ça. Je sais que mon cousin Kopdass, qui s’occupait du groupe ATK, il leur prenait la tête ! Mais c’est pas toi qu’est aux commandes, ils ont le talent et ils décident. S’ils prennent les bonnes décisions c’est tant mieux pour eux. Mais c’est toujours dur de voir des gars que t’affectionne rapologiquement prendre les mauvaises décisions ou être victimes de leur époque, parce que c’est pas aussi facile que ça de sortir un disque.
SC : C’est un peu grâce à ton entourage que tu t’es donc mis au rap ? Salif est ton cousin, un autre de tes cousins était le manager d’ATK…
D : Ouais mais non. Parce que Salif il m’a pas calculé, ATK non-plus, c’était pas des petits. Quand mon cousin il arrivait dans la chambre, avec les mecs d’ATK, moi j’étais devant le Club Dorothée et j’avais limite pas le droit d’entrer pendant qu’ils répétaient. C’était bien défini ! J’arrivais pas devant les gens à les toiser « Vas-y rappe un peu » ! C’était pas comme ça. Et un jour je leur ai dit « Je peux rapper », mais comme je t’ai dit on était en 1996-96, fallait joindre le geste à la parole. Si t’as que de la gueule, juste un 16 et que t’avais pas 10 morceaux on te prenait pas au sérieux. Donc, je suis allé voir Granit, je lui dis que je me lance, il me répond qu’il écrira un texte par-ci et fera les refrains. Voilà, Diomay & Granit se lançait, on mackettait. Mais tu vois, on se prenait la tête parce qu’on n’avait pas le droit de faire un truc qu’était pas chant-mé.
SC : T’es donc présent depuis la fin des années 1990, quel regard portes-tu sur l’évolution du rap depuis cette période ? C’était mieux avant ?
D : On va dire que c’était mieux géré. Comment t’expliquer ? Quand tu fais du rap tu commences d’abord comme auditeur. Avant t’écoutais de la merde, après on a tous cette période où on devient super connaisseur et on a le pêché de s’approprier cette musique qui ne nous appartient pas. Et on l’a tous fait ! Toi, moi, ceux qui arriveront après, etc… Ca c’est pas le problème, le truc c’est que les mecs d’avant le faisaient de manière plus mafieuse. C’est-à-dire qu’aujourd’hui tu peux dire « Toi tu devrais pas rapper » alors qu’avant les mecs qui détenaient le truc disaient « Toi tu peux rapper si tu veux, mais je t’accorderai aucun crédit ». Donc au final ça revient au même, tu voyais les mecs de Time Bomb ou les X-Men ils vont même pas te serrer la main ! Du coup ça t’énerve et tu vas tellement travailler en te disant « Vous allez voir » ! C’était bien défini : t’avais les grands et les petits. Si tu voulais faire partie de la cour des grands, fallait être carré. Si t’avais le niveau on te laissait passer, de toute façon t’avais pas le choix ! Aujourd’hui ça a un peu changé, le petit peut dire au grand « Ton truc c’est pourri », mais le petit n’écoutera pas le grand. C’est-à-dire que tu vas me faire écouter ton nouveau groupe, bah moi je vais te faire écouter un truc d’avant. Je vais pas essayer de te convaincre que la Scred Connexion c’est meilleur que ce t’écoutes. Mais ça va peut-être te faire réfléchir. Je pense que c’est ça qui a changé, y a plus grand-chose de bien défini. Aujourd’hui tout le monde fait un peu ce qu’il veut, tu peux piquer le style de l’autre c’est pas grave. Avant, quelqu’un qui rappait comme Ill pouvait pas rapper… Tu rappais comme Zoxea ? Stop ! Les gens te serraient pas la main ! Le respect était dû à ton propre style. Les gens t’aimaient pas plus pour autant, ils te détestaient mais ils pouvaient rien faire. A l’époque de Time Bomb y a pas eu de polémique entre eux et ceux de la génération précédente, parce que Time Bomb ils avaient révolutionné le rap.
SC : On ne peut pas dire que les fans de rap sont « ignorants » à l’heure actuelle ? C’est-à-dire que si on ne remarque pas qu’un mec rappe comme Ill, c’est parce qu’on ne se rappelle plus comment Ill rappait ?
D : Si, ils savent, mais comme je dis, la nouvelle génération est en opposition avec l’ancienne génération. Quand on te dit « Je trouve pas que ça ressemble » c’est juste une façon indirecte de te dire « C’est le jeu, c’est nous maintenant ». Ils le savent, sauf qu’ils n’ont pas ce respect. Le problème c’est qu’on arrive en 2012 à un réel choc des générations. Ca avait jamais eu lieu, parce qu’on va dire qu’après Different Teep et tous ces premiers groupes, les X-Men c’était pas vraiment des petits à côté. Ill a pas non-plus 10 ans de plus que moi. On se suivait, y avait pas un grand fossé. Là on arrive à un moment où t’as des rappeurs de 30-35 ans face à des rappeurs de 20 ans. Il n’y avait jamais eu ça avant. Mais la différence entre ma génération et la nouvelle, c’est qu’avant on te laissait pas faire ce que tu voulais. Mais c’est pas seulement les rappeurs, le public aussi. T’as aussi le public de l’ancienne génération et de la nouvelle. Un petit jeune va m’écouter, il va dire « C’est pas mal… Mais c’est un vieux ». Alors que j’aurai l’âge de Jay-Z que dans 10 ans ! Rick Ross il a 38 ans et tout va bien ! On prend pas de la DHEA (Rires).
SC : Expliques-nous comment t’es venu à bosser avec Neochrome.
D : En fait, l’histoire avec Neochrome c’est tout simple. Fredo nous a coaché, nous a fait rapper sans cesse. Et un jour il vient nous voir et nous dit « Y a Neochrome qui se prépare », et à l’époque c’était LA mixtape. Ca avait déjà un sacré buzz, peut-être même plus que certains projets d’ajourd’hui. Et il nous dit « Faut vous préparer, on va vous faire auditionner ». Tout ça pour te dire que le piston existait pas. Je t’explique, Yonea démarche Fredo pour avoir La Brigade sur Neochrome. Ils étaient en passe de faire leur premier album, ils avaient déjà un paquet de mixtapes et ils ont commencé à ralentir. Ils lui disent donc « Nous on se calme par contre on a des petits », mais tout le monde avait ses petits. Ca les gavait tous. Mais y en a un qu’a senti l’affaire et qui lui a dit « Ecoutes, tes petits je les prends si tu poses un couplet » sous-entendu « comme ça je peux mettre Fredo avec entre parenthèses La Brigade et puis tes machins-choses ». Fredo est d’accord, on vient, on kick et tout le monde nous regarde chelou (rires). Fredo il revient nous voir et il nous dit « Ouais Yonea et Loko ils ont dit que c’était vraiment pas mal votre truc, à la base ils voulaient garder que ma partie et vous dégager » (rires). Au moins ça avait le mérite d’être clair, c’est pas comme aujourd’hui où on te dit « Ouah mortel le morceau » puis quand tu vois le CD qui sort t’es pas dessus. Et au final on s’est retrouvés sur Neochrome sur la plage 2 ! Je te laisse imagine ce que ça peut représenter à l’époque. Y avait Faf Larage, la Scred Connexion, tous les mecs de maintenant ! Et cette mixtape, tout le monde l’a écoutée. Des fois tu peux rencontrer des mecs qui vont te toiser mais à cette époque ils t’ont écouté. Je serai jamais assez reconnaissant envers Fredo, et Le K-Fear qui était là aussi.
Là il me passe quelqu’un, j’entends : « Allô allô, c’est No-Bru-là ! »
SC : Et pour IV my People ?
D : En fait Salif suivait Zoxea et faisait ses backs sur sa tournée. Et Kool Shen, impressionné par la dextérité du petit décide de le signer. Et au moment de faire l’album il lui dit qu’il aimerait bien nous inviter dessus. Et Kool Shen pareil qu’avant « Ah mais tu sais c’est un album sérieux là »… Il nous fait venir, et pareil le morceau devait pas apparaître, mais Kool Shen l’entend et se dit « Ouah, le morceau il défonce ». En plus le truc c’est qu’à la base quand il devait nous appeler pour venir poser on s’est dit qu’il nous appellerait pas parce que là, quand même, c’est un autre level. Et à deux heures du matin, Granit sonne chez moi pour me dire que Salif appelait : « Eh Dio, faut que tu viennes poser ». Et nous à l’époque on débitait pas des 16 mesures comme ça, on préparait deux semaine à l’avance UN 16 mesures ! Avec nos meilleures rimes ! Et là il me demande de venir poser deux 16 sur l’album à deux heures du matin alors que ça devait avoir lieu que dans peut-être deux semaines ! Et on n’avait que huit mesures ! Donc on avait la pression… On se débinait, on lui a dit qu’on était pas prêts. Là il me passe quelqu’un, j’entends : « Allô allô, c’est No-Bru (ndlr : Bruno Lopes, Kool Shen) là ! » (rires). C’est fou le psychisme, tu sais pas comment il s’appelle en vrai mais tu sais que c’est lui ! Et Granit c’est pas quelqu’un qui recule, il me sort « Concentres-toi, moi je m’occupe du refrain, toi t’écris plus, je vais prendre la voiture du daron et pendant ce temps-là toi tu grattes et tu t’affiches pas ! » On arrive au studio IV my People, tu vois Kool Shen qui roule son bédo et qui te dit « Ca va ? Bien ? » C’était un autre level ! Tu vois Zoxea qui est là ! Les mecs ils avaient déjà un tel charisme ! Tu peux pas arriver et hausser des épaules, les mecs c’est eux ! Nous on était des gamins ! On commence à kicker, Madizm envoie la prod, elle était un peu cainrie. Je me suis dit que c’était foutu, j’ai commencé à débiter et tout le monde me regarde bizarrement. Je souhaite à personne qu’il leur arrive ce qui m’est arrivé. Et Granit me rassure il me fait un clin d’œil. Et au final Kool Shen nous félicite. Du coup par gentillesse on nous invite au Planète rap. Et ça c’était calculé, t’arrivais pas avec tes potes ! Sinon t’avais les Karimbo, les gens qui s’occupaient du label qui te disaient « Tu sors ». On arrive là-bas, on sait pas trop ce que c’était que Skyrock parce que c’était le début. On voit les studios trop bien faits ! On commence à débiter, on lâche pas le steak et Kool Shen nous sort « C’est vraiment bien les gars » ! Mais Granit, qu’était un gars très indépendant, avait commencé à mettre des sous de côté pour commencer à faire notre disque. Et à l’époque, le label IV my People avait commencé à prendre du poids, y avait plein d’artistes, et s’était relativement embourgeoisé. Je dis ça dans le sens où t’avais certains artistes qui travaillaient un peu moins, qui devaient rendre des albums qui sortaient pas. Et le deuxième patron du label, Karimbo, nous fait signer avec l’accord de Kool Shen. Et Granit, qu’était bien en avance sur son temps dit : « Nous on veut bien signer, mais on fait pas la locomotive ». Dans le sens où le premier qui finissait son album le sortait. Nous on avait déjà pré-macketté des trucs de dingues ! Et tu vois, quand t’es tout seul, que tu dois mettre tes petits francs pour avoir le studio, quand t’as un studio qui commence à 9h et finit à 19h : t’arrives à 9h ! Donc les mecs qu’avaient toujours eu ça, ils avaient tendance à arriver à 16h ! Donc Karim qui voit des petits qu’ont la gnac il veut sortir notre truc. Et ce qui devait arriver arriva, ça a donné une sorte d’impulsion dans le label et tout le monde s’est remis à travailler. Tout le monde venait écouter ce qu’on faisait, pas parce qu’on avait plus de buzz mais juste parce que nous on faisait les disques ! Donc là on termine les maquettes, l’album est terminé, tout le monde est content. Mais c’est le destin, tout le monde a terminé son album au même moment. Comme par hasard. Tout le monde est arrivé avec l’album sur le bureau de Kool Shen. Il doit faire un choix. Un jour il nous convoque et nous dit « L’album ça le fait pas trop ». Après je reconnais, je faisais des thèmes, je parlais déjà de meufs, c’était pas la bonne époque pour faire ça. Il me dit que ça lui parle pas trop, que c’est pas l’image qu’il veut à IV my People. Lui il est rap-rap ! Et pourtant en studio il hochait la tête ! Et il nous dit « Je pense pas le sortir chez nous ». Il ajoute « Je te dénigre pas tu sais écrire, je vous propose qu’on aille voir les maisons de disque et si y en a une qui le veut je vous le sors ». Il a tenu parole, il nous a trouvé un deal chez Jive. Mais le truc c’est qu’ils voulaient nous signer, mais on serait pas prioritaires sur les sorties et on leur devait trois albums ! Ca veut dire que si Justin Timberlake sort son album tu recules vu que t’es pas prioritaires, et y a des artistes qui reculent toute leur vie parce qu’ils dorment chez les maisons de disque. Et moi j’ai dit que ça m’intéressait pas, Granit voulait accepter parce qu’il voulait plus qu’on perde de temps. Mais moi j’avais envie de faire de la musique, et pas d’être bloqué. Au final ça a saoulé Granit, il s’est investi dans le commerce et est parti de son côté et moi je suis resté comme ça.
SC : Comment s’est passé cette époque en solo pour la première fois pour toi ?
D : Mais je me suis pas trop découragé, parce que grâce à IV my People on avait eu la chance de poser sur les Street style 1, 2 et 3 et la bande originale du film Le Boulet. Ce qui fait que j’avais quand même une certaine notoriété, j’étais pas connu mais si quelqu’un dans le milieu faisait une mixtape un peu importante, il allait m’appeler. J’ai profité de ça pour poser sur toutes les mixtapes à ma sortie du label. J’ai posé sur 92100, de mecs du 92, de Paris, etc… Entre 2002 et 2004, j’étais sur toutes les mixtapes de rap français. Et mon cousin Kopdass, qui travaillait plus avec ATK me dit que c’est pas mal ce que je faisais. Il me demande où est mon album que j’ai enregistré chez IV my People, je lui explique que je l’ai pas parce que c’est eux les éditeurs donc je lui fais écouter les maquettes que les ingés son ont bien voulu me graver. Là il me demande « C’est tes derniers morceaux ? », je lui réponds que non que c’est les morceaux que j’ai enregistré chez eux et là il me sort « Quoi ? Ils t’ont viré alors que t’avais fait ça ? ». Il était choqué ! Là il me sort « Je peux pas te promettre que ce sera comme avec IV my People, on passera pas sur Skyrock, mais je sortirai tout ce que t’as fait ». Et en association on a créé le label Sky the limit. Pareil pour Salif, il m’a pas lâché, il m’a dit que c’était une connerie. On pouvait pas avoir les beats de Madizm et Sec.Undo, mais il m’a proposé de me donner tout ce qu’il avait produit sur sa MPC. Et dedans t’avais Poésie, le morceau avec Alpha 5.20, tout ça c’est lui qui les a produit ! Mais en fait sa carrière de producteur s’est arrêtée le jour où mon album est sorti. Parce que les gens ont tellement kiffé ses sons, qu’ils lui ont demandé et ça l’a, je pense, un peu gêné. Il se positionnait en tant que rappeur et non producteur. Il a arrêté net. Mais tout ce qu’il y a dans Mwen Ka Galsen, à l’exception de deux-trois morceaux, c’est produit par Salif. C’est crédité, même y a pas longtemps, sur Skyrock il a dit « C’est moi qu’a produit l’album de Diomay ». Avec le recul c’est marrant. Mais le pire c’est qu’il avait des prods de malade. Mais comme tout était défini, t’avais déjà des producteurs qui étaient stars, ses prods avaient beau être presque aussi bonnes, comme ça venait d’un rappeur elles avaient pas le même crédit. Moi qu’avait rien à perdre, j’ai tout pris. Il m’a fait le premier morceau qui m’a fait connaître. Tous ceux qu’avaient la chaîne XXL à l’époque ont vu Poésie en boucle. C’est Salif qu’a pris la boucle et mis ses gros coups de pieds dessus, il avait pas de règles, il les faisait comme ça. Et mon album Mwen Ka Galsen sort, Salif participe et ça marche plutôt pas mal. Parce que tu vois, je suis de la génération Neochrome, ça veut dire Brasco, Seth Gueko, et je suis le premier à avoir pu sortir mon disque. Et sans l’aide de Neochrome. A l’époque c’était quand même quelque chose, parce que tous les autres rappeurs se disaient « Bon il a pas vendu, mais il a eu raison de faire ça, l’album est pas mal ». Et du coup, ça m’a un peu ancré. Tu peux ne pas aimer, mais j’ai fait mon premier album en 2004. Y avait des featurings de Salif, les thèmes que je voulais, tout le monde était content et ça s’est pas trop mal vendu. C’était juste que quand tu claques 100 000 d’un coup, à côté quand tu vends 5000 c’est pas beaucoup. Mais comme c’était un des premiers albums indépendants, de notre génération, ça a été considéré comme un bon succès tu vois. On a continué sur cette lancée-là. Salif était encore chez IV my People, donc lui il a continué à faire ses trucs là-bas.
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Article très bien écrit, Diomay a une histoire mouvementée et il n’a peut être pas eu la carrière qu’il méritait en tout cas cet interview transpire la vérité et l’amour du vrai rap il a fait partie d’une génération dorée et on l’a un peu perdu de vue c’est toujours bien de savoir ce que ce genre d’artiste devient… J’attends la suite de ses projets maintenant
Complètement d’accord avec toi et c’est dommage, il n’a pas la notoriété qu’il devrait avoir.