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23 juillet 2012

Docroms [Interview]

Docroms itw

Docroms a.k.a. le Néocrate originaire de Melun est un artiste dont on a déjà parlé sur Sound Cultur’ALL. Rappeur, photographe et réalisateur (excusez du peu), il fait partie de ces jeunes artistes talentueux et polyvalents qui mériteraient de se faire connaître du grand public. C’est à l’occasion de la sortie de sa dernière net-tape en téléchargement gratuit qu’on est parti à sa rencontre. Une interview déjantée en compagnie d’un personnage décalé.

 

Sound Cultur’ALL : Déjà, présente-toi !

Docroms : Docroms, le putain de Néocrate : 77 !

SC : Le rap, t’as commencé quand ? Comment ?

D : A l’arrache, pour rigoler, en impro, en 2006 ou un truc du genre. J’ai commencé en m’amusant, je ne faisais que des impros et au fur-et-à-mesure, je me suis mis à écrire. Un délire en fait.

SC : T’as fait partis de plusieurs entités : M.N.W.A., le G.S. crew, Original District, WTF gang, … Pourquoi autant de groupes ?

D : Ouais, il y a aussi eu les Stoïciens. Les Stoïciens, c’est que Conséquent, mon binôme, est parti en Bretagne, donc forcément le truc est mort. Pour ce qui est des autres, c’est que ça a souvent été le mode de fonctionnement qui n’a pas marché. On va dire que je suis quelqu’un d’hyper-productif et mes partenaires n’ont pas toujours été dans le même état d’esprit.  C’est aussi moi.

SC : Justement, t’es un mec productif, mais, on a souvent du mal à te suivre dans tes projets. Par exemple, l’album prévu il y a deux ans, il est devenu quoi ?

D : Oh le traître (rires) ! Pour le moment, il n’y a que la pochette de prête. Mais, ça va arriver. J’ai déjà tous les titres, il reste à travailler des instrus et les textes. Mais, c’est en route.

SC : Tu sais comment il sera produit ?

D : Normalement, tous les beats seront de Next Gen. Il y aura un featuring maximum.

SC : Sinon, ton actualité, c’est ta dernière mixtape sortie sur le net il y a quelques semaines. Tu peux nous en dire un peu plus dessus.

D : En fait, au départ j’étais parti sur un délire et je voulais appeler le projet Poubelle. Pourquoi ? Parce que j’emmagasine pleins de sons et que je ne les sors jamais. Et je me suis dit que je ne faisais rien en ce moment, donc pourquoi pas sortir un petit truc : si les gens veulent, ils prennent, sinon, ils zappent. Au final, je me suis retrouvé avec un dossier d’une quarantaine de sons. Je me suis dit que ça ferait une grosse poubelle et que je devais faire un tri. Comme j’avais déjà une cover de prête, issue d’un projet en cours que j’avais abandonné et j’ai décidé de la glisser pour ce projet. J’ai essayé un peu de bons sons et de mettre un maximum de monde avec lequel j’ai participé.

SC : Avant ce projet, il y a eu ta série de freestyles « street ». De L’Acte I à L’Acte XII, ça t’es venu comment ? Inspiré par les crews style Sexion d’Assault ou L’Entourage ?

D : Oh, mais non ! A la base, je débutais la vidéo et je voulais m’entraîner. Donc, j’ai fait moi-même mes propres freestyles pour prendre la main sur le logiciel. Ce ne sont que des trucs enregistrés chez moi, sans studio et ça m’a permis d’apprendre en vidéo.

SC : T’as parlé de la vidéo, on va en venir. T’as une seconde casquette, le Néocrate associé à Keezy. La vidéo, ça avance comment ces temps-ci ?

D : Ça se passe ! On travaille régulièrement avec Disiz. On a déjà fait 7 clips depuis son retour. Soit, tous les clips depuis son retour, hormis Moïse. Les GOOD Friday, Toussa Toussa,  Un Frigo, un cœur et des c*** et Mon Amour. Mais sinon, je vais essayer de travailler avec le maximum d’artistes, pour ne pas me restreindre. Je veux aussi m’ouvrir musicalement, vu que je n’aime pas forcément que le rap. Et je veux apprendre.

SC : Et la connexion avec Disiz s’est faite comment exactement ?

D : J’étais avec Keezy un lundi. On se promenait, comme d’hab’ sur Panam. On a croisé un pote à lui qui connait bien Disiz. Et là, il nous a dit que Disiz comptait revenir et cherchait quelqu’un qui faisait de la vidéo. On lui a expliqué que nous on faisait de la vidéo mais à petit échelle. Parce qu’à la base, on faisait surtout de la photographie et on cherchait à promouvoir nous photos avec de petites vidéos courtes. On lui a montré ce qu’on faisait, il a montré à Disiz qui a kiffé et nous a appelés. On a comme ça réalisé Le Poids d’un Gravillon. On l’a filmé et monté en 3-4 jours seulement. Il a trouvé ça lourd et a voulu retravailler avec nous. Ensuite, on a enchaîné et on ne s’est plus lâchés.

SC : Un son avec lui, ça ne te tenterait pas ?
D : Je ne lui ai même pas dit que j’étais dans le son. A la base, il m’a contacté pour de la vidéo. Je ne suis pas un gratteur. On n’est pas connectés pour ça. On fait ses clips, ça s’arrête-là. Si ça doit un jour se faire, ça se fera, mais ça ne viendra pas de moi.

SC : En écoutant tous tes projets, on te sent un peu décalé par rapport aux autres MC’s de ta génération. Un « retour aux sources » serait de l’ordre de l’envisageable ?

D : Moi, j’aime bien. Mais, je suis mon propre mouvement. Je ne suis pas là pour me dire « en ce moment ce qui marche c’est tel truc, donc je vais suivre ». Moi, je suis plus dans un délire, j’écoute un truc, ça me parle, j’ai envie de le faire, je le fais. Je me rappelle un moment j’étais à fond dans le délire de l’autotune. Du coup, je l’ai fait, alors que ça ne se faisait pas en France encore. J’ai trouvé juste ça lourd, mais un moment ça ne m’a plus amusé, alors je suis passé à autres chose. Pareil pour le dirty. Là, je me suis un peu mis au dubstep parce que ça me plaît, alors que pour le moment le dubstep en France ça ne se fait quasiment pas.

SC : Ca commence à arriver, avec OrelSan, Youssoupha ou même Taïpan…

D : Taïpan !?

SC : Fais de Beaux rêves avec OrelSan et Gringe sur son dernier EP…

D : Ouais, pour le refrain. Disiz aussi. Ça arrive un peu c’est vrai. Mais, ça va être comme chaque mouvement. Certains vont savoir bien le faire, d’autres vont suivre et ça va être merdique. Et c’est le problème en France : quand un mouvement arrive, peu savent réellement le récupérer. De toute façon en France, on ne fait que récupérer des mouvements et on ne crée rien. Mais, c’est bien que des gars comme Youssoupha, Disiz ou OrelSan s’y mettent. Sinon, le public serait encore arrivé dans 3 ans, dans un trip « ah ouais ? Le dubstep c’est trop frais », alors que ça existe depuis un bon moment. C’est le drame de la France : le retard !

Je pense que les gens ne réalisent pas que l’individualisme a du bon et du moins bon. Ce n’est que collectivement que l’on peut aller loin.

SC : Sur le dernier projet à part Next Gen, on trouve qui comme producteurs ?

D : Il y a quasiment que des faces B. Changez d’air c’est une face A. Si, je ne dis pas de bêtises, parce que c’est J.U.I.C.E. qui a récupéré le beat, c’est Psykoz. Et, il y a le son que j’ai fait au Canada, c’est un son de 4ème Régiment un groupe de beatmakers canadiens. Sinon, les quelques autres faces A c’est Next Gen.

SC : D’ailleurs, connexion un peu inattendue au Canada. Tu les as rencontrés comment ?

D : Inattendu pour toi ! J’ai quand même l’habitude d’aller au Canada, donc je n’étais pas surpris (rires). Ce n’est pas le seul son que j’ai fait, mais les autres ne sont pas mixés. Même celui-là, je ne suis pas sûr du mixage, même si à l’oreille, les auditeurs n’ont pas dû tilter. Donc, j’étais avec deux potes dans un concert, organisé par Filigrann des Word Up Battle. Je suis parti lui parler, un mec ultra-cool au passage. Et je lui ai expliqué que j’étais français, que je faisais du son et qu’histoire de changer un peu, j’étais intéressé par des connexions étrangères. Il a donc partagé mon blog sur son facebook, en demandant s’il y avait des gens intéressés. Et c’est comme ça que j’ai enregistré au total 3 sons.

SC : D’ailleurs, les tournois style Rap Contenders, ça ne te parle pas ?

D : Ben si. Pour rigoler, je me ferai bien un deux contre deux. Ca me parle, mais, je n’ai pas attendu les Rap Contenders pour m’intéresser aux battles. C’est d’ailleurs, l’un des premiers trucs que je faisais, sur Rap2K sur la petite section de battles. Mais, en fait, je pense que j’aurais préféré, faire le Word Up dans un truc international.

SC : Sauf que la différence de niveau avec le Canada est élevée.

D : Non, la différence de ceux qu’on voit. Ca se trouve, il y a des français qui ne vont jamais faire les RC et qui ont un niveau de ouf ! Et puis, je ne serais pas arriver direct en WUB, je serais passé par les Révélations comme n’importe qui. C’est intéressant à faire, mais après, je ne cours pas après, ce n’est pas mon objectif premier. C’est aussi un problème, trop de gens courent après pour le buzz. Ils se disent qu’ils feront un battle pour faire monter leur côte, alors que moi ça serait pour m’amuser. Pour moi, c’est comme jouer un match de football.

SC : A Melun, avec des types comme A2H, il y a une grosse scène rap. T’en es un peu proche ?

D : Ouais, je les connais. Après, on n’est pas les meilleurs potes du monde.

SC : La prochaine étape, c’est l’album, ou on va te retrouver sur d’autres projets avant ?

D : Album, je ne sais pas. Ca fait prétentieux, truc trop carré. Je préfère appeler ça un projet seulement, même s’il n’y a que des faces A travaillées en studio. Avant, je pense sortir quelques trucs. Surement faire Il va y avoir Score 3 & 4. Je vais peut-être encore lâcher 2/3 tapes gratuitement. Il y a aussi la tape de mon gars L’Orfèvre qui arrive, j’aurais surement quelques featurings dessus. Après, j’essaie de me consacrer à fond sur le projet. Depuis le temps que je l’ai annoncé, je dois le faire.

SC : Un mot pour finir ?

D : Ce n’est pas forcément dans le sujet de l’interview, mais je pense qu’on n’a pas assez l’esprit d’équipe dans le rap. Tout à l’heure, on parlait de mes équipes et je n’ai pas eu l’état d’esprit qui nous a permis de rester ensemble. Je pense que les gens ne réalisent pas que l’individualisme a du bon et du moins bon. Ce n’est que collectivement que l’on peut aller loin. Pas forcément en terme de buzz d’ailleurs. Tu prends un groupe comme la Sexion d’Assault qui ont su rester souder jusqu’à la mort et maintenant des gars qui niveau ventes peuvent aller titiller Booba par exemple. Je ne suis pas vraiment fan, mais 1995 et L’Entourage ont su rester souder et aujourd’hui ils réussissent. Quand t’es dans une équipe, il ne faut pas commencer à dire « je », il faut savoir dire « on » jusqu’au bout.

 

Et la tape dans tout ça ? Comme dit plus haut, pas mal de récupérations. Pourtant, ce projet composé de titres rangés dans un dossier nommé « poubelle » sur le PC de l’artiste contient son lot de pépites. Rien de bien surprenant pour toute personne connaissant un minimum le rappeur, mais comme c’est surement le cas pour peu d’entre vous, ça pourrait être une bonne occasion de vous y mettre. Niveau featuring, on retrouve la « famille » et les proches. Des seine-et-marnais, J-Welzz et L’Orfèvre aux orléanais de Nemesis’s Concept (Nino, Lenox & Keram) en passant par Kosovar, Nessuno, Conséquent, J.U.I.C.E. et LeMilo pas de surprises… sauf une, déjà évoquée dans l’interview (le canadien Board-L sur le titre Du Fleur de Lys à L’Elysée). Niveau prod, on retrouve l’inévitable Next Gen et pas mal de faces B. Comme à son habitude, le Néocrate surfe entre égotrips, freestyles et introspections. Le flow est là, l’écriture est travaillée, bref du bon rap à écouter. On retiendra particulièrement Gifler le Game (feat. Lenox & Nino), Ca Chaloupe (Remix feat. VA), Balle dans la tête, Les Rues de Paname (feat. Nessuno & LeMilo), Freestyle Cowboy Solitaire (feat. Kosovar), Comme un Bonhomme (feat. Keram & L’Orfèvre) et Il va y avoir du Score 2 (feat. Keram) .

 

 

Clip Ca Chaloupe (remix) feat. J.U.I.C.E, LeMilo, Nino, Nessuno & Lenox

 

Facebook : Docroms Le Néocrate

Twitter : @Docroms

Page Youtube : youtube.com/neodocroms

Portfolio :  http://leneocrate.carbonmade.com


About the Author

L'Impertinent
L'Impertinent
Rédacteur en chef et co-fondateur du webzine, passionné de Hip Hop et de musique en général, ex-chroniqueur radio et ex-chroniqueur sur différents sites, notre Impertinent se définit comme étant le meilleur et ses articles le prouvent (ou pas).




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