On peut s’attendre à tout avec Manson. Au meilleur comme au pire. Et surtout au pire ces derniers temps. Parce qu’il aime créer le mythe, et que la presse de bas étage s’en nourrit. Parce qu’on adore le détester. Parce qu’il a pu profiter de sa notoriété pour devenir un pur produit commercial au détriment d’une musique de qualité.
C’est donc avec beaucoup de scepticisme que je me suis attelée à l’écoute de son dernier album, Born Villain. Il le présente comme un retour aux sources, à ses influences d’antan, un « avant » Manson. No limits. A-t-il tenu ses promesses ?
Le premier morceau, « Hey cruel world » était assez prometteur, un peu plus gloomy et torturé que le vacarme habituel… on y retrouve quelques touches de Bauhaus, Punish yourself. Intéressant…
Je poursuis alors avec « No reflexion », le single promotionnel. Le thème est bien choisi, pour un album introspectif, la remise en cause de soi et de son image, et mettre ce titre en avant était une stratégie cohérente avec le projet (quoi qu’un peu prévisible). Du moins si le projet avait été à la hauteur des attentes.
Alors qu’est-ce qui déçoit dans cet album ?
Des mélodies inexistantes, d’abord. Une saturation excessive (et je ne tenterai pas le jeu de mot sur le verbe « saturer », mais dieu sait qu’il m’a été difficile d’écouter cet album jusqu’au bout), une rythmique totalement linéaire, martiale, et pauvre. Parce que débiter un texte sur deux notes de synthé ne suffit pas à transformer Manson en Trent Reznor, et c’est bien dommage.
Le coup marketing de l’invitation de Johnny Depp sur la reprise de « You’re so vain », ensuite. Je ne m’étendrai pas sur le sujet (Johnny, tu me déçois profondément !). Sans oublier le tournage du clip de Born Villain par Mr La Beouf (gage de qualité du produit). Bref, Manson rassemble du gratin, ce qui réjouira les adolescentes de 13 ans. Et tant mieux pour lui.
Qu’en est-il de la renaissance du phœnix qu’il nous annonçait ? Au risque de vous décevoir, notre cher « roi de la provoc’ » n’a pas été touché par la grâce (ou la créativité de Ian Curtis, qui doit se retourner dans sa tombe lorsque Manson y fait référence). Les hurlements ? Il sait faire, oui. Nous ressortir des effets de voix que l’on connaît par coeur pour masquer le fait qu’il est incapable d’aligner trois notes justes ? Pas de problème. Et après ?
La vérité c’est qu’il ne trompe plus personne, et que depuis « Golden Age of Grotesque », l’artiste a perdu plus de temps à se jouer du public par ses frasques Dita von Teesienne qu’à nous sortir du bon son. Alors effectivement, on retrouve çà et là quelques influences indus, qui permettent de faire passer la pilule (The Gardener est l’un des rares titres à sortir du lot), mais globalement cet album révèle surtout une certaine fainéantise de la part de Manson ; déplaisante pour l’auditeur, et témoignage d’un certain manque de respect pour son public. La recette fonctionne depuis 6 ans, et il remplira les salles dès cet été (le concert parisien du 5 juin a d’ailleurs été marqué par des classiques plus que par son nouvel album), les fidèles viendront du monde entier, bracelet clouté et maquillage clownesque de rigueur.
Bref, à ceux qui envisageaient de redonner une chance à Marilyn Manson, je dis : passez votre chemin. Album à réserver aux inconditionnels…








Ah ben merci m’dame de cette belle chronique, ça va m’éviter de perdre mon temps!!!