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21 octobre 2012

Quelle place pour la musique africaine dans le monde d’aujourd’hui ?

cours-de-djembe-musique-africaine-702

La musique africaine a toujours été respectée pour la variété de ses styles musicaux, la beauté de ses instruments (djembé, griots, tambours…)et le charisme de ses nombreux artistes. Toutefois, elle a souvent eu du mal à s’exporter de manière globale dans le reste du monde. En France, par exemple, la télévision a toujours eu de la place pour la musique africaine…au moment de l’été pour accompagner un temps plus exotique que jamais. A ce moment-là, tout y passait : la musique Rai de Faudel, Cheb Mami, Khaled et Rachid Taha, le tube horriblement « stigmatisant » de Yannick Noah Saga Africa, la reprise de Pata Pata par Coumba Gawlo, la reconnaissance médiatique plus estivale qu’autre chose pour Passi et ses collectifs Bisso na Bisso et Dis l’heure 2 zouk…Bref, la liste est longue d’exemples d’artistes ayant « bénéficié » de ce traitement en s’assurant de bonnes ventes pendant l’été, mais en étant traités non pas comme de « vrais » artistes, mais comme des artistes « exotiques » sentant bon les vacances, les plages et les boites de nuit,  et qui étaient en général oubliés sitôt la rentrée arrivée. De toute façon, les téléspectateurs ne comprennent que rarement les langues dans lesquels ils s’expriment, donc à quoi bon ?

L’exemple le plus récent (et le plus insupportable, pour moi) reste Magic System. Le quatuor ivoirien connait le succès hexagonal depuis maintenant 10 ans et ce single 1er Gaou. (qui était déjà connu de tous les africains des années auparavant)  Aujourd’hui, plus un été ne passe sans qu’un tube du groupe ne soit retransmis à foison sur les ondes. Un gaou à Oran, Bouger Bouger,C chô ça brûle, Ki dit mié, Zouglou Dance (Joie de vivre), Ambiance à l’africaine, Même pas fatigué !!!, Chérie coco…Que des titres où il fait bon d’etre un africain, il faut garder le sourire et danser jusqu’au matin. Bref, que des titres qui se ressemblent, sans aucune originalité. Mais la recette fonctionne et ce n’est pas eux qui vont s’en plaindre. Après tout, « c’est ça qu’est la vérité. »

http://youtu.be/o8u1GNOMTso

Et les autres artistes africains, « les vrais », diront certains ? Ceux qui font de la musique africaine authentique dont l’objectif n’est pas essentiellement de faire bouger les postérieurs des clubbers le samedi soir ? Je caricature et j’ironise bien évidemment. Mais je ne suis pas loin de la vérité en affirmant qu’un Koffi Olomidé est médiatiquement moins retransmis (et donc moins visible) qu’un Magic System, alors que Koffi est considéré comme un dieu vivant en Afrique. Pourtant, les radios, les chaines de télévisions musicales et autres émissions populaires en Occident gardent encore cette réticence à promouvoir ce genre d’artistes et leur musique. Bien heureusement, cela n’empèche pas ces « monstres » de la musique africaine de remplir des salles de concert à l’international ou de connaitre un franc succès auprès du public : on sait par exemple que Koffi Olomidé, JB Mpiana, Werrason ou Papa Wemba n’ont aucun mal à remplir les salles de concert à Bercy. En Allemagne, des artistes tels que Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy ou Ismael Lo restent très populaires lorsqu’ils sont de passage dans le pays.

La question reste de savoir pourquoi l’impact médiatique est aussi réducteur chez ces artistes, internationalement parlant. Est-ce parce que ces artistes évitent de vouloir trop s’afficher en faisant une promo très discrète ? Pour certains, cela parait possible, mais pas pour tous. Est-ce un problème de management, avec des managers pas assez adaptés et passez  introduits auprès des médias à l’international ? C’est une hypothèse.

Qu’en est -il aux Etats- Unis ? Réussir dans la musique aux States, c’est réussir dans le monde entier. C’est pourquoi le reve de nombreux artistes est d’arriver à trouver une certaine popularité là-bas. Qu’en est-il des artistes africains là-bas ? Ont-ils du succès ? Oui et non car on retrouve certes des musiciens africains (ou d’origine africaine) mais ces derniers se spécialisent plus dans la musique populaire occidentale que la musique africaine. L’artiste le plus populaire dans ce genre de cas actuellement, est le chanteur de R’n'B sénégalais Akon. Né à Saint-Louis, il est parti s’installer aux USA à l’age de 7 ans. Plebiscité depuis 2004 et son 1er album Trouble, il est aujourd’hui reconnu comme l’un des artistes phares du genre, mélangeant habilement hip-hop, R’n'B et electro-pop. Dans la meme lignée, on peut aussi parler du chanteur Mohombi, d’origine congolaise et suédoise. Né à Kinshasa, il a connu la popularité en 2011 avec son single Bumpy Ride. On peut enfin parler du rappeur d’origine somalienne K’naan ou de l’artiste folk nigerian Keziah Jones (meme si une grande partie de son succès s’est faite en Grande-Bretagne)

La musique africaine n’est pas médiatiquement reconnue dans ce pays. Toutefois, il ne faut pas négliger les inspirations qu’elle a produite pour d’autres artistes. Que ce soit le sample du morceau Soul Makossa  du compositeur camerounais Manu Dibango dont Michael Jackson et Rihanna en ont fait leur fonds de commerce pour leurs chansons respectives qu’on ne présente plus (Mama-se, mama-sa, mama-coo-sa), ou bien encore l’instrumentale très exotique du single culte Africa du groupe Toto, (maintes fois reprise depuis) en passant par  le « mini » plagiat de Shakira et sa chanson-hymne de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud Waka Waka, empruntée au groupe camerounais Golden Sounds et son chant de guerre Zangalewa…Bref, l’Afrique n’est pas le berceau de l’humanité pour rien ; les artistes reviennent toujours à la maison lorsqu’ils ont besoin d’inspiration.

Ajoutons à cela des collaborations efficaces comme celles entre le chanteur congolais Fally Ipupa et la chanteuse Olivia pour le single sensuel Chaise Electrique,

celle entre les stars montantes du R’n'B nigerian P-Square (groupe et genre que j’analyserais en profondeur dans mon prochain article) et le rappeur américain Rick Ross,

celle merveilleuse de Nas et Damian Marley avec le couple Amadou et Mariam pour l’excellent Patience,

le projet collectif One-8, groupe de vedettes constitué autour de huit superstars du continent africain (2Face, Alikiba, Amani, Fally Ipupa, 4fois4, JK, Navio et Movaizhaleine) et  le « King of R’n'B » R. Kelly,

et enfin l’une des plus belles chansons de l’histoire de l’histoire de la musique

vous dressez à partir de cela un constat mi-frustré, mi-soulagé de la situation actuelle. Oui, les plus grands artistes de ce continent n’ont pas la reconnaissance médiatique qu’ils mériteraient d’avoir.  Oui, la musique africaine ne s’exporte pas aussi bien en Occident que la musique populaire asiatique, portée principalement par la déferlante K-Pop. (cf OPPA GANGNAM STYLE ! ) Mais au contraire de cette dernière, la musique africaine peut se vanter de s’être construite toute seule, sans influence d’une autre culture sur elle (la pop asiatique étant inspirée de la pop occidentale). Elle est donc unique en son genre, traditionnelle et bien ancrée dans ses racines, ne se laissant pas (encore ?) attirer par les sirènes de l’electro-pop.

La musique africaine est pionnière, à l’image de son continent qui est « le premier ». Elle n’a donc pas à complexer ni à rougir de son retard médiatique ou de son absence sur les ondes. Un jour, elle devra se prendre un peu plus en main pour réclamer sa part du gateau dans l’industrie musicale mondiale. Mais en attendant, elle est là, elle inspire par ci par là sa richesse culturelle que des artistes mondialement connus comme Rihanna et Kanye West mettent en exergue (voir les clips de Love Lockdown ou Where have you been pour en avoir la preuve), elle inspire par sa spiritualité qui va faire qu’un musicien  hip-hop appelé Afrikaa Bambaataa va creer une organisation internationale pour la prise de conscience hip hop nommée Zulu Nation…elle inspire tout ce qui est inspirable. Bref,en tant qu’africain, on ne peut que rester fier face à ça.

L’Afrique a encore son mot à dire, ne vous inquiétez pas !

 

 

 

 

 

 


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Louis Charles
Louis Charles
Chroniqueur ayant écrit pour divers sites, Louis Charles possède une excellente culture musicale et compte vous la faire partager.




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3 Comments


  1. Cisou
    Cisou

    Le problème que tu exposes finalement, n’est pas celui de la musique africaine mais des artistes venant de ce continent. Mais ne perdont pas de vue que des gens comme Tiken ou Alpha Blondy sont très populaires ici, et font des concerts durant lesquels le public (français) chante à tue-tête leurs tubes.
    Actuellement, Michael Kiwanuka (Britannique d’origine ougandaise) Mariama (Sierra Leone, Allemange, France), Imany (Comores) Inna Modja (Mali, et dont la soeur est une grande créatrice qui travaille le WAX), Irma (Cameroun), Nneka (Nigéria, Allemagne) pour ne citer qu’eux, font le buzz !
    Le problème de l’exportation se pose certainement pour certaines musiques traditionnelles du continent, mais je crois malheureusement que toute musique dite « traditionnelle » connait le même sort, et ce, quelque soit son origine.


  2. Cheikh

    Très bon article . Effectivement a part quelque exceptions la musique africaine ne s’exporte pas des masses .
    Personnellement je n’aurais pas mis Keziah Jones et K’naan dans le même sac avec Akon , ces deux artistes revendique bien plus fortement leurs origines dans leurs lyrics et leur musique qu’Akon qui fait du rap US .
    Mais je pense que ta conclusion explique en partie pourquoi la musique africaine n’a pas l’impact qu’elle devrait en dehors du continent . Elle est traditionnelle , donc atteint en priorité les personnes qui y sont liées de par leurs origines . Quel africain peut se targuer d’écouter de la musique celte ? La musique indienne n’existe pas vraiment dans l’inconscient collectif occidental en dehors des films de Bollywood . Idem pour les sons typiquement sino-japonnais que l’on entend dans les films d’art martiaux …
    Donc je pense que cela vaut pour n’importe quelle musique traditionnelle au final . Une question que l’on pourrait se poser est plutôt celle des raisons de la surmédiatisation de la pop occidentale, qui est elle retravaillé a toute les sauces (comprendre toutes les origines^^)



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