Qui peut encore arrêter Lana Del Rey ? En 1 an, le nouveau phénomène de la musique pop a tout écrasé sur son passage, reléguant d’autres phénomènes tels que Lady Gaga au rang des oubliés de la surmédiatisation. Il faut dire que la belle est sortie d’on ne sait où et on ne sait trop comment. Avant 2011, c’est simple : elle n’était rien. Ou pas grand-chose, tout juste une petite chanteuse autodidacte de New York qui ne portait meme pas encore son nom de scène et qui avait sorti 2 albums passés inaperçus.
Mais un contrat avec le label Stranger plus un clip de Video Games qui va faire le buzz sur la toile, vont la propulser très vite au rang d’icône. Il faut dire que la chanteuse a un style particulier qui crée des débats houleux sur les réseaux sociaux : fasciné par le glamour et l’esthétique de l’age d’or du cinéma hollywoodien des années 50 et 60, Lana a ce coté très vintage que l’on retrouve dans sa prestance à la fois glamour et mysterieuse, mais surtout dans sa voix, enivrante, vaporeuse et captivante (parfois meme déprimante, il faut bien le dire). Adulée comme la nouvelle icône que l’on attendait plus pour certains, décriée comme un pur produit commercial préfabriqué de la tete aux pieds, Lana fait parler.
En revanche, là où elle arrive à mettre à peu près tout le monde d’accord, c’est sur la mise en scène de ces clips. Visuellement, la plus mysterieuse des artistes du moment nous sort des videos parfaites, emplies de couleurs d’écran très vintage et d’intrigues nous rappelant le cinéma de David Lynch dans sa manière de flirter avec le film noir qui s’allie parfaitement à une instrumentale des plus méticuleuses. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’elle a été choisie pour être la nouvelle égérie de la marque de vêtements H&M dans laquelle elle met en avant à travers la publicité pour la télévision sa reprise de Blue Velvet, chanson originale du film éponyme culte de Lynch.
Chaque clip de Lana est donc patiemment attendu. Pour la sortie de la réedition de son album à succès Born To Die intitulé The Paradise Edition qui sortira le 13 novembre, elle a décidé de nous dévoiler un premier clip video (réalisé par Anthony Mandler à qui l’on doit le précédent excellent clip de la chanteuse pour National Anthem, ou encore Madness pour Muse, Starships pour Nicki Minaj ou Man Down pour Rihanna…entre autres). Mais pas n’importe quel clip puisque c’est un véritable court-métrage de 10 minutes auquel nous avons affaire ici, et qui n’est pas sans rappeler ceux de Michael Jackson. Sans avoir la prétention de se prendre pour « The King of Pop », Lana montre tout de même qu’elle n’a pas froid aux yeux en nous déclarant indirectement : vous allez voir ce que vous allez voir. Dès la première image nous présentant la belle chanteuse faisant de la balançoire, suspendue très haut dans les airs au-dessus des canyons américains (clin d’oeils encore à des films de Lynch tels Sailor et Lula, Twin Peaks ou Lost Highway, nous comprenons très vite que Lana Del Rey ne joue pas dans la même catégorie que les autres actuellement. Les images se succèdent ensuite, durant les 3 premières minutes du clip qui font intro à la chanson. La chanteuse narre en voix off dans un ton solennel la fille qu’elle est, se définissant comme inhabituelle, mais surtout en recherche constante de liberté. Elle parle des plus beaux moments de sa vie, celles avec ses 3 amants que nous voyons tour à tour dans le clip. Des bikers qui font trois têtes de plus qu’elle mais avec lesquels elle se sent bien, avec lesquels elle se sent totalement elle-même. (“My life was a winter and the men that I met on the road were my only summer” mumure-t-elle au début du clip.)
Honnêtement, quand j’ai vu pour la 1ère fois le nombre de minutes de ce clip, j’ai cru à une blague. Je me suis d’ailleurs dit que je zapperai directement l’intro pour passer à la chanson. Mais que faire quand cette femme de 26 ans vous subjugue par sa voix, par sa présence, par sa longue chevelure brune, ses tenues osées et par ses poses lascives et très suggestives ? Lana est l’une des artistes les plus charmantes qu’il m’ait été donné de voir jusque là. Et dans une époque de zapping frénétique, consacrer 4 minutes d’introduction à un texte uniquement porté par des violons, est un défi que seule une artiste aussi désirable qu’elle pouvait envisager de faire. Elle sait faire en sorte que tout le monde reste suspendu à ses images. D’ailleurs, elle sait comment les construire : son clip, par moments, possède la patine des images d’Instagram, instantanément belles, instantanément sexy, instantanément vintage aussi. Trois choses avec lesquelles Lana del Rey a appris à jouer depuis le début de son succès.
Puis vient, la chanson. Lana arrive sur une scène, vêtue d’une robe blanche virginale. Une tenue en totale opposition avec les mini-shorts et les nuisettes qu’elle portait 2 minutes auparavant lorsqu’elle était en charmante compagnie. Et en voyant son air triste, sa voix mélancolique (sur une instrumentale pas très gaie, une fois encore) on comprend qu’elle nous chante ses souvenirs, ses merveilleux souvenirs. A la manière d’une Whitney Houston nous hurlant son I will always love you à la fin du film Bodyguard, Lana nous livre sa nostalgie profonde d’un passé révolu. Fini la liberté, l’alcool, le sexe et la violence. C’est une artiste avant toute chose et elle doit faire ce pourquoi le public vient crier et applaudir (comme cela est montré dans la vidéo). Même si cela la rend affreusement triste d’être aussi seule. (« I am alone in the night »)
En creusant bien, on peut aussi y voir une autre nostalgie, plus symbolique de la part de Lana : celle d’une Amérique désenchantée, plus sauvage mais plus vraie pour ceux qui y vivent. Dans cette optique-là, la présence des motards, la photographie magnifique des paysages désertiques de l’Ouest Americain ainsi que le décor très road-movie du clip qui peut faire penser au long-métrage Easy Rider (film culte qui est devenu un emblème de la génération hippie des années 1960-1970), participent à cette ode au mouvement de la contre-culture américaine dont Lana veut rendre hommage. Comme dans son précédent clip Nathional Anthem mettant en scène Lana et le rappeur A$AP Rocky dans le rôle du couple mythique JFK et Jackie O, Lana montre qu’elle aime jouer avec les icones de son pays. Elle met le doigt sur les emblèmes jusqu’à en devenir un elle-même, comme le montrent ces scènes dans lesquelles elle s’enveloppe du drapeau américain ou bien celles dans lesquelles elle porte une immense coiffe à plumes comme les Indiens d’Amerique…
Etre un Esay Rider, prendre la route, chevaucher à bord d’une Harley Davidson avec différents amants pour compagnons de route, lever les bras et sentir le vent dans ses cheveux, s’arrêter dans les motels, vagabonder autour du feu…voilà l’imaginaire de liberté fou que nous expose Lana au travers de ce clip. L’histoire scénarisée par la jeune femme est sacrément tordue mais diablement bien soignée et mis en scène. La video s’allie parfaitement au texte profond de la chanteuse et on se surprend même à rêver de cette improbable liberté.
Puis la chanson finie, vient les 2 dernières minutes du clip. MON passage préféré de la vidéo. Lana joue une nouvelle fois la narratrice de service, tandis que la video nous la montre sur une plage de sable blanc avec ses amants. La scène est presque onirique, dans un style très Lynch. Flingue à la main, Lana hurle de joie avec ses amoureux, les caresse, monte sur leur torse. Bref, elle fait la folle et délivre par ailleurs un message faisant écho à ce que je disais plus haut sur le désir d’une Amerique plus authentique : « Live fast, die young. Be wild. I believe in the country that America was.” Lana revendique désormais totalement son côté rebelle et sa féminité décomplexée. A mi-chemin entre le trash et le glamour, (du Lana Del Rey tout craché) elle conclut sa folle rêverie par un mythique « I am fucking crazy but I am free ». Une vraie-fausse déclaration pour un vrai petit chef-d’œuvre qu’est ce court-métrage musical.
Le clip est donc une nouvelle fois une réussite. On peut la jalouser, se moquer de ses représentations scéniques. (qui sont médiocres, c’est vrai) Mais force est de reconnaitre que l’on a une artiste qui nous délivre un univers hors du commun, original et bouleversant. Nul ne peut rester insensible à la beauté de ce clip dans laquelle elle livre tout ce qu’elle est : sensuelle, folle et ultra-sensible à la fois. Reste à savoir maintenant ce que la chanteuse va faire désormais ; très étonnée de son succès, Lana pensait que ses chansons n’avaient aucune chance d’être appréciées et fatiguée par les polémiques et les critiques assassines la concernant, elle précisa recemment que son album Born to Die pourrait être son dernier et qu’elle préfèrerait se concentrer sur la composition de musiques de films. Ce serait extrèmement dommage qu’elle arrête en si bon chemin, Ride prouvant aisément qu’elle sait composer ses chansons aussi bien en musique qu’en image.








en a un propleme de freebox dans la television et sa rey