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30 avril 2012

Rock et rap : pas de vrai héritage culturel… mais, un héritage social

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Le monde du web est encore en état de choc.  C’était il y a quelques jours sur Sound Cultur’ALL : au nom de la liberté d’expression, de mon humanisme et de l’amitié qui me lie à lui, j’ai laissé mon chroniqueur, Nessuno, écrire les pires inepties du monde. En réalité, c’est aussi parce que sa thèse indéfendable était bien défendue que je l’ai laissé être l’avocat du Diable. Cependant, cette mascarade n’a que trop duré. Il est grand temps que quelqu’un rétablisse la vérité et ce quelqu’un ne peut être que moi ! L’idée défendue est simple : le rap n’est aucunement l’héritier du rock. L’argument central est que le rap est porteur de valeurs traditionnelles, de droite, tandis que le rock est porteur de valeurs progressistes, de gauche donc. Mais, en raisonnant comme ça on passe à côté du principal. Ces deux musiques à deux époques différentes ont eu exactement la même place dans la société : celle de contrecultures en marges de la culture mainstream.

 

 

Rock et rap des divergences…. 

Comme vous le savez surement, j’aime les liens familiaux dans la musique et surtout les plus improbables (c’est aussi ça l’esprit Sound Cultur’ALL). Le rock et le rap n’appartiennent surement pas à une filiation directe. Ces deux contre-cultures ne dérivent pas l’une de l’autre. Le message est différent et ne touche pas forcément la même frange de la population : alors que le rock touche traditionnellement les ouvriers et les classes moyennes inférieures de « race » blanche, la cible première du rap reste les noirs des ghettos. Cette différence s’explique par l’histoire de chacun de ces grands mouvements musicaux.

Le rock est le fils direct du rock ’n’ roll, lui-même fils direct du rythm & blues (pas celui que l’on connait aujourd’hui), est une musique traditionnellement « noire » jouée par des blancs pour des blancs.

Le rap lui est la composante musicale du hip hop, mouvement culturel au sens large, né dans les ghettos noirs américains (dans le Bronx à N-Y) mixant tout un tas de musiques noirs (funk, soul, reggae principalement).

Ainsi, comme l’a si bien dit Nessuno, les messages véhiculés par le rap et par le rock peuvent sembler aux antipodes. D’un côté une musique « peace & love » appelant au progrès, de l’autre une musique infâme misogyne et violente. Une fois ce raccourci fait, on se rend compte que les différences sont avant tout le fruit de contextes différents. Commençons par l’attrait du rap pour l’argent. Certes ce phénomène existe dans le rap et pas dans le rock. Mais, cette divergence s’explique par des contextes différents. Le rap est né dans les années 1970, en pleine fin des 30 glorieuses, à une époque où le chômage devient un vrai fléau et où les inégalités sociales explosent. Parallèlement, le néo-libéralisme émerge, ainsi, l’individualisme et le matérialisme deviennent les modes de vie de toute une société. Dans le même temps, les rappeurs sont issus des classes les plus pauvres. Celles qui rêveraient d’un emploi stable et de vivre comme les autres catégories socio-économiques. Quoi de plus légitime pour les rappeurs que de rêver d’une vie moins pénible ? Est-ce que ça fait d’eux d’horribles capitalistes ? Surtout qu’il ne faut pas exagérer le poids de l’argent dans les textes de nos MC’s.

« J’m’en fous de ce que tu gagnes, ce qui m’importe c’est ce que tu partages » Kery James 

L’autre point de divergence évoquée porte sur les valeurs. Le rock étant né dans une société en pleine transformation, encore peu libértaire, mais aspirant au changement, il épouse très vite des valeurs progressistes, celles du fameux « sex, drugs & rock’n’roll ». Le rap lui ne nait qu’une fois la société transformée. Une transformation qui peut paraître très radicale. A une époque où les valeurs morales semblent avoir disparues, le rap adopte donc encore une position de rejet vis-à-vis de la société. Cependant, cela reste très caricatural, car si le rap n’est par exemple pas forcément aussi machiste que l’on voudrait nous le faire croire, le rock peut lui aussi être vu comme machiste pour certain(e)s (comme pour les amies de notre Orelsan national a.k.a. Les Chiennes de Gardes). Caricaturale est aussi la vision d’un rap exultant la place le rôle de la famille traditionnelle au sein de la société, car je tiens à rappeler à Nessuno que pendant que Jim Morrison tuait son père, Seth Gueko lui le menaçait et Eminem expliquait le détester encore plus que sa mère (et il ne s’agit pas là de simples contre-exemples)…

En réalité le rap et le rock sont tous deux des reflets des sociétés qui les ont créées et c’est ce qui explique les divergences qui parfois peuvent être criantes. Mais par delà ces différences, il existe une vraie constante : le rejet de la société..

 

Mais des airs de famille quand même

Que ça soit le rock, ou le rap, chacun a pour vocation d’être la voix des laissés-pour-compte.

« Il y a des rappeurs qui se prennent des droites, mais il n’y a pas de rappeurs de droite » disait Thomas N’Gijol à Doc Gyneco sur le plateau du Grand Journal… En réalité le rap n’est pas tout à fait de gauche (tout comme le rock en fait), mais, il l’est approximativement. D’après l’anthropologue Emmanuel Terray, auteur du livre Penser à droite, être de droite, c’est défendre le modèle sociétal actuellement. Ainsi, être de gauche c’est s’opposer à ce système. Dans le temps, il n’y a pas unicité, dans l’idéologie de droite, ni dans celle de gauche, pourtant au fond les rôles sont les mêmes. Pour résumer brièvement, Sarkozy et Mélenchon sont biens les héritiers idéologiques de Napoléon III et de Victor Hugo. Pourtant dans la pratique, peu de choses rapprochent les premiers des seconds. On peut appliquer ce principe aux contrecultures musicales. Dans le temps, celles-ci ne sont pas vraiment identiques, mais, elles ont pour point commun celui d’être en opposition directe avec la culture « mainstream ». Le rocks des 50’s aux 70’s répondait majoritairement à ce critère. La musique actuelle répondant le mieux à ce critère est donc le rap. Les caractéristiques premières de ces deux musiques sont bels et biens la haine des institutions, le rejet des valeurs de la société et la revendication de classes populaires. Et c’est pour cela que ces deux musiques ont d’abord été rejeté avant d’être acceptée par la société.

Ainsi, la collaboration d’Aerosmith et Run DMC, bien plus qu’une simple collaboration artistique se présente aussi comme un passage de témoin, entre la contreculture de nos grands-parents et la notre.

 

« Un autre jour en France
Des prières pour l’audience
Et quelques fascisants autour de 15 %»Noir Désir

Le rap tient donc actuellement la même place que le rock dans les années 1960. Celle d’une musique marginale protestant contre la société et ses dérives. Une musique représentant les classes populaire qui peut être vue comme la voix des sans voix. Le rock ayant perdu en subversion ces dernières décennies, le rap est donc bien le « dernier son hardcore ». D’ailleurs, tant mieux qu’une musique soit aujourd’hui encore en mesure d’occuper ce terrain. Néanmoins, le danger qui guette le rap est de lui aussi finir par s’embourgeoiser et devenir une musique largement acceptée par la société.

Petite illustration de cet héritage social avant de se quitter :

 

L’Impertinent


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L'Impertinent
L'Impertinent
Co-fondateur du webzine. Du genre à kiffer Renaud et Mobb Deep et à croire que si la musique c'est du bruit qui pense, ça exclu de fait La Fouine.




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10 Comments


  1. Jolie article argumenté démontrant bien que ce qui parait évident, ne l’ai forcément pas toujours.


  2. L'Impertinent

    Merci.
    En effet, la réalité est bien plus complexe qu’on ne pourrait le croire !


    • Je trouve que tu as été trés malin, tu as exposé des exemples concrets et montré ainsi que des cultures musicales (voir d’autres) différentes peuvent en faite servir une sorte de même cause. Le Rock et le Rap ne sont pas si différent dans leur mouvance contestataire. Le style n’étant qu’un habillage de cette contestation qui peut, ou non, rentrer dans notre gout musical.


  3. RoGr

    Très bon article. Mais un élément tout de même : le rappeur ne dénonce t-il pas une société qui ne l’accepte pas (justice, racisme, discriminations, médias, ghettoïsation) et cherche donc une reconnaissance de cette dernière là ou le rock imagine une société différente (émancipation de la jeunesse face à une société vieillissante, libération sexuelle…). Pour résumer un certains discours du rap français, je fais une impasse sur la scène us, parle d’une revendication à avoir une place dans la société. A contrario le rock 60′s & 70′s participait au changement de cette dernière ou du moins à en sortir.
    Merci pour l’article!!


  4. L'Impertinent

    Pour le rap, hormis des cas comme Rockin’ Squat qui n’ont pas connus l’exclusion et qui rappent juste pour dénoncer les inégalités sociales c’est plutôt vrai.
    Pour le rock, je pense qu’il est aussi né dans un milieu « exclu » au moins économiquement, puisqu’à la base c’était pas mal un mouvement ouvrier. Mais, c’est vrai que le rock a plus chanté pour transformer la société, alors que le rap pour dénoncer !


  5. As des As

    J’ai bien apprécié les 2 articles. Ce que je retiens de tout ça c’est que tout dépend de l’endroit où on se place, mais les arguments de part et d’autres sont excellents. J’ai aussi bien aimé la multiplication des références dans cet article.


  6. Le gentil rockeur

    Cherche pas à comparer ta sous-culture avec notre noble contre-culture. J’y connais strictement rien en rap, mais je suis obligé d’admettre que j’ai apprécié l’article et aussi le dernier clip.

    Continue comme ça et propose plus de rock sur le site !



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