On le voudrait presque fou, dans une démesure risible, ridicule. Pourtant, il s’avance, gourou cerné de bleu, et il efface, peu à peu, cette impression de grotesque, de farce trop grande, qui entoure la parution de son nouvel album. Mysticisme, moquerie ? A qui cela importe ? La tête rousse, barbe poivre et sel, Sébastien Tellier entend, à chaque pas, retomber sur son torse, ce pépito de plastique bleu, énorme, qu’il porte au cou. My God is blue.
Il y a cette narration linéaire, cette histoire à raconter, celle de l’homme devenu gourou, d’un seul coup, et tout autour, des gens, qui se prosternent. Il n’y a rien de néfaste à cet engouement étrange pour un homme aux yeux presque effrayants. Au contraire ! Des corps dévêtus, des hommes, des femmes, des seins petits et gros, des culottes et des strings, des verges et des vagins. Une caméra qui balaie ces corps nus, les fluides qui en jaillissent, les liquides qui inter -agissent, le champagne coule à flot, et puis voilà que surgit la figure de Tellier, clip de Cochon Ville qui ordonne de danser. Là, comme ailleurs, sur d’autres titres, il y a une douceur étrange, pénétrante, difficile à oublier. La faute à la voix, sans doute.
Cette voix, pas trop basse, presque aigue parfois, distille, à petites doses, une sorte de lyrisme oublié et bienvenu. L’exemple ? Les violons presque stridents, à l’arrière, des chœurs classiques, voix mixtes, des basses banales. Impression d’une ampleur trop grande, de l’annonce anticipée d’un essoufflement. Rien de tout cela. Tout ralentit, et Russians Attractions, laisse se poser sur le track les mots de Tellier. Répéter « You » des fois multiples, jamais je n’aurais cru trouver cela beau. Il faut se laisser bercer par ce mélange de français et d’anglais, cet entre-deux-langues qui produit une extase rare, entre imaginaire et réel.
L’album entier n’est qu’une caresse immense, une exposition proche de la pudeur, finalement. Il y a un calme certain qui se dégage de Magical Hurricane, une joliesse surprenante, que l’on peut remarquer, malgré soi, sur chacun des titres de l’album. Et toujours, une presque-folie, perceptible, qui s’empare de nous, nous rendant fous…







