Virus, c’est un rappeur désabusé, misanthrope, mais qui n’a pas hésité à se mettre en quatre pour que l’interview se passe au mieux. Originaire de Rouen, il est la bonne surprise rap de ce festival: un flow efficace et des paroles qui expriment le mal être qui traine toujours quelque part au fond de nous
SC: Présente toi pour nos lecteurs?
V: Virus, je viens de Normandie et je suis dans l’univers rap depuis quelque temps déjà.
SC: Qu’est ce que t’as amené à rapper ?
V: J’écrivais avant de rapper, j’avais pas le caractère ou les couilles de passer le cap de prendre un micro. Après y’a pas une personne exacte qui m’a fait rapper. L’univers de mon grand frère, c’est là bas que j’ai connu mon premier univers rap.
SC: A ton concert j’ai vraiment accroché à tes textes, j’ai vraiment eu l’impression que c’était sur ça que tu te concentrais le plus.
V: C’est vrai que mon kiff principal, il est dans l’écriture. Après j’avais même pas pensé à le partager, parce qu’à partir du moment ou tu l’as craché, t’as 90% de la chose qui est réalisé: tu peux très bien y trouver ton compte sans jamais prendre un micro de ta vie quand t’as ce rapport là à ce que tu fais.
SC: T’as jamais pensé à te lancer dans le roman ou dans la nouvelle?
V: ça c’est une putain de question, ça mériterait de débattre longtemps. Parce que t’as un rapport à l’écriture, mais t’as aussi des univers qui vont légitimer ton truc. Moi par exemple j’ai un blocage automatique sur d’autres formes de support. Quand dans le rap j’ai l’impression d’avoir un aspect « tout public », dans l’écriture t’as une liberté qui fait que je sais pas si j’arriverais à tenir la contrainte qu’impose la lecture. Parce qu’en fait on passe à un autre rapport à l’écriture, une fois que quelque chose est lu d’autres codes rentrent en compte. J’ai déjà écris des bribes de trucs, parce que quand t’écris un texte de rap, tu t’imposes des limites qui t’empêchent de développer ta réflexion. La musique te donne un avantage pour mettre en valeur un texte mais elle te pénalise aussi parce que tu dois aller tout de suite au coeur du truc. Il y a des phrases qui mériteraient d’être développées.
SC: Quand tu es sur scène, à quel point est ce que c’est un personnage que tu joues, et à quelle point il s’agit vraiment de toi?
V: Le coté personnage pour moi il est pas si présent: je vais dire « ouai c’est un personnage » quand j’ai pas vraiment envie d’en discuter avec les gens, mais ce au fond je sais que c’en est pas un. Mais il y a forcément des positions qui vont être beaucoup plus tranchées sur scènes: il y a des gens qui, quand ils me voient dans la vie de tous les jours, disent « j’imaginais même pas que j’allais pouvoir voir tes dents, je pensais même pas que tu pouvais sourire », alors qu’il faut pas se tromper. Après c’est une histoire d’étiquette aussi, les gens ont besoin de mettre une étiquette: est ce qu’on le met dans la case autobiographique? Fiction? Je vais pas chercher loin, je regarde juste autour de moi, mais je me forcerais pas à aller mal pour les gens.
SC: On voit que tu n’es pas passé par les médias traditionnels, mais par l’internet, est ce que tu penses que c’est un moyen de se détourner des contraintes qu’il y a dans ce monde?
V: Internet c’est ce qu’il y a de plus simple. Un exemple: les sorties de EP, il y a des fois ou on les finissait la veille au soir. Le lendemain, c’était partage à qui veut. T’as pas de plans promos, des trucs qui te bouffent du temps: notre démarche de base c’est pas le démarchage.
SC: Je t’ai vu en live, mais est ce que t’as déjà été tenté par tout ce qui est battle? Les rap contenders par exemple?
V: J’ai fait des battles à une époque, d’ailleurs c’était un peu ma période préférée, on était pas dans l’esprit on fait des morceaux on fait des projets et il y avait régulièrement des soirées. Des trucs entre potes. Moi je m’en tirais pas trop trop mal quand c’était dans la rue. C’était une époque un peu fiesta, tu bois un coup et t’as de l’inspiration qui t’arrives un peu de je ne sais ou… Maintenant j’en ai plus ni l’envie ni le besoin. En plus c’était pas comme ce que tu viens de citer, c’était de l’impro’, il n’y avait pas de préparation. T’y gagnes peut être qualitativement, mais tu perds la vie du battle.
SC: On a vu que t’avais sorti une trilogie d’EP, c’est quoi le concept derrière ça? Est ce que ça avait été mûri avant?
V: Putain j’ai l’impression d’avoir que des réponses en demi teintes… ça a été semi-mûri, on était parti sur un EP symbolique le 15 aout, déjà parce que tout avait été écris le week end du 15 aout, parce qu’à ce moment il fallait que j’enregistre absolument. Avant même de le sortir on s’est dit que quatre titres c’était un peu keus, mais c’est parti d’un truc un peu jeté en l’air. On savait pas vraiment quand on ferait le deuxième et au final on a quasiment envoyé un EP tous les trois mois. J’ai besoin d’avoir des deadlines, parce que si tu me laisses dans la prairie je vais faire autre chose.
SC: Si on te proposait de participer à la BO d’un film qui t’as marqué, ce serait lequel?
V: Là instinctivement je te dirais « seul contre tous ». Ce film là est difficile à expliquer, mais tu te sens concerné par rapport à une certaine frustration, par rapport à une certaine régression et une envie de tous les niquer, et ça c’est constant dans ma tête. C’est le film qui m’a retourné la gueule depuis longtemps. Je te dis ça dans l’absolu parce que ça m’a jamais attiré, mais dans l’esprit c’est celui que je choisirais.
http://youtu.be/AuA7ReUIen4






